Dans son principal ouvrage, Der Stil (Le style, 1860)*, l’architecte allemand du 19ème siècle, Gottfried Semper définit quatre éléments de base en architecture. Il décrit ainsi le toit, l’enveloppe et la partie souterraine comme des éléments de jonction et de protection du cœur, du nerf vital du bâtiment. Semper attribue un rôle à la façade de l’immeuble, approche alors tout à fait inhabituelle, que l’on qualifiera de «théorie de l’habillage» (Bekleidungstheorie). Gottfried Semper estime que l’architecture a pour origine les textiles, tissages et les tressages, comme le montre l’architecture légère des tentes nomades richement décorées. Pour lui, l’art textile et la céramique furent sans aucun doute les premiers domaines dans lesquels s’exprima le désir du beau, par un travail sur la forme ou la décoration, en plus du fonctionnel. L’art textile étant à son avis le plus ancien et donc le plus important. Il estime que les raisons qui ont poussé l’homme à assembler des pièces textiles, caractérisées à la fois par leur souplesse, leur caractère pliant et leur robustesse, sont de deux ordres : l’envie de les assembler et de les attacher ensembles et l’envie de s’abriter, de se protéger et de fermer l’espace. Les termes utilisés par Semper peuvent être interprétés comme signifiant que les murs ne sont construits que pour le plaisir d’y accrocher des tentures ou des tapis. Il estime que le rôle culturel du mur (orné) prime sur sa fonction structurelle, laquelle est évidente et ne saurait constituée une fonction esthétique. L’ «habillage» d’un bâtiment avec des motifs et des ornements doit découler directement de l’usage réservé au bâtiment. Cette idée fournit le principe esthétique qui doit guider la décoration : l’ornement comme élément reflétant la culture. La «théorie de l’habillement» a retrouvé de sa popularité ces dernières années – les structures richement décorées des architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meudon en sont des exemples probants.
* Semper, Gottfried: Der Stil in den technischen und tektonischen Künsten. [Le style dans les arts techniques et tectoniques] Troisième partie. Textile Kunst ; Munich; 1860
Photo: Sibylle Zürcher, Luterbach | www.sibyllezuercher.ch